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La Journée de l’école inclusive à Caen le 19 mai...

vendredi 5 juin 2015, par Sud Education Manche

La Journée de l’école inclusive à Caen le 19 mai dernier, introduite par le recteur et orchestrée par les IGEN, a réuni les personnels de l’enseignement spécialisé de l’académie : professeurs de CLIS (Classes pour l’Inclusion Scolaire dans le 1er degré), d’ULIS (Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire dans le 2nd degré), d’ITEP (Instituts Thérapeutiques, Educatifs et Pédagogiques), de SEGPA, agents d’IME (Instituts Médico-Éducatifs) et référents RASED.
Il s’agissait donc d’une grand messe autour du nouveau credo de l’EN : l’école inclusive qui consiste placer dans des classes ordinaires des élèves à BEP (Besoins Éducatifs Particuliers : élèves en situations diverses de handicap ; élèves présentant des difficultés scolaires ou des retards cognitifs ; élèves allophones ; élèves pudiquement appelés « voyageurs  »), par opposition à la politique d’intégration à l’œuvre jusqu’alors, surtout depuis la Loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
Il ne s’agit pas ici de critiquer l’inclusion à l’école mais le fait qu’elle soit érigée en dogme, ce qui soulève beaucoup d’inquiétudes.

D’abord l’école inclusive, telle qu’elle est présentée par le rectorat, remet en cause l’existence de classes spécialisées dans les écoles, collèges et lycées, qui jusqu’alors représentaient pour beaucoup d’élèves à BEP des bouées d’ancrage dans le système éducatif. Dans ces structures, l’inclusion existe déjà selon les matières et selon les possibilités de chacun. Mais beaucoup des projets menés ne relèvent pas directement de l’inclusion et sont néanmoins utiles et nécessaires au bon développement de l’ensemble des élèves. La crainte est que la plupart, souvent en grande difficulté psychologique et cognitive, ne trouvent jamais leur place dans les classes ordinaires. Ce qui risque, pour les plus fragiles d’entre eux, de générer de la souffrance. On imagine donc que beaucoup d’élèves seront de fait « exclus par l’inclusion  » : ils devront rejoindre les IME, qui manquent déjà de moyens et de places, ou alors seront déscolarisés. Sauf que le rapport sur les unités d’enseignement (IME ; IMPro et ITEP) de décembre 2014 est très critique sur les insuffisances de ces structures et les modalités de la scolarisation exercée. Les rapporteurs préconisent une scolarisation inclusive. Tout se tient : dégonfler les structures spécialisées (CLIS, ULIS, IME, ITEP...) dont les coûts sont très supérieurs à la scolarisation ordinaire !
Il paraît évident que tous les élèves à BEP n’ont pas les mêmes besoins et qu’au contraire l’individualisation des réponses éducatives est importante pour eux.

Dans l’école inclusive, c’est l’école qui s’adapte à l’élève et non le contraire. Beau projet, certes... mais qui se fait sans moyens supplémentaires et surtout sans formation des enseignants des classes ordinaires !!! Lors de cette journée du 19 mai à Caen, les IGEN ont clairement indiqué que la réforme des collèges en cours était un des leviers principaux de la mise en place de l’inclusion. On sait ce que cela signifie : sous prétexte d’égalité, on fait des économies sur les moyens : ainsi dans ce projet, les enseignants spécialisés deviennent des « personnes ressources  » pour aider les enseignants des classes ordinaires, tâche pharaonique et donc illusoire ; quant aux intervenants spécialisés extérieurs, ils ne seront plus sollicités ou peu car selon les IGEN, « tout doit se passer dans la classe  » désormais. Même le rôle des AESH (ex-AVS : Accompagnants des élèves en situation de handicap) a été critiqué lors de cette journée ; selon un IGEN, ils « séparent physiquement les élèves à BEP du reste de la classe  » !
Plus inquiétant encore, ces élèves inclus ne seront pas comptés dans les effectifs des classes. Pour le second degré, ils ne sont tout simplement pas pris en compte dans les DHG !!! Et pour le premier degré, ils ne sont pas « inclus » dans l’effectif global de l’école pour évaluer la pertinence d’une ouverture ou fermeture de classe !!! Les seuls moyens annoncés sont les AESH dans les classes et le temps majoré aux examens pour les élèves à BEP : bref, ce qui existe déjà !!! Quant à la formation pour cette année, elle ne concerne que 37 CAPASH pour le 1er degré (certificat d’aptitude professionnelle pour les aides spécialisées, les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en situation de handicap) et dans le second degré, 5 2CA-SH (certificat complémentaire pour les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en situation de handicap). Pour toute l’académie !!!

Ainsi, lors de cette journée où le rectorat clame son autosatisfaction (projets d’ouvertures d’ULIS en LP ; doublement des élèves à BEP accueillis par l’école dans l’académie depuis la loi de 2005), le leitmotiv de l’inclusion révèle en fait une logique comptable, que Sud Éducation Manche dénonce. Oui à une réelle inclusion mais dans des conditions d’accueil qui permettent la réussite de tous les élèves.

Sud Éducation Manche revendique :

-  le maintien des structures spécialisées dans les écoles, collèges et lycées dans des lieux adaptés : l’inclusion doit se réfléchir au cas pas cas, d’autant qu’elle est déjà partiellement pratiquée grâce à ces classes spécialisées et au travail des enseignants spécialisés !

-  le respect des seuils d’effectifs pour les classes spécialisées : pas plus de 12 élèves en CLIS, 10 en ULIS et 16 en SEGPA !

- Pour les classes ordinaires qui pratiqueraient en partie l’inclusion : des effectifs allégés !!! (notamment par la prise en compte des élèves à BEP dans l’effectif global des établissements pour la détermination des moyens)

- Une vraie formation pour les enseignants et un vrai diplôme avec un métier reconnu et payé en conséquences pour les AESH !!!

Rappelons qu’il y a quelques années les ULIS et certaines CLIS bénéficiaient d’un double encadrement en partenariat (enseignant et éducateur spécialisé).